Gabriella Battaini-Dragoni : Un regard attentif sur le dialogue interculturel

Forum de Delphes. Avril 2010.

Il me semble évident de mettre en avant des personnalités ponts qui ont acquis une certaine célébrité. Elles sont à l’origine de déclarations importantes, de conventions essentielles ou d’une œuvre littéraire qui nourrit nos besoins de symbole. Leur liste, placée sur la droite, s’allonge au fur et à mesure que je reviens à ce blog ; c’est-à-dire lorsque je ressens le besoin de refonder pour moi-même et par la recherche des origines d’un processus plein de surprises, mon besoin d’Europe qui pourrait parfaitement succomber sous les coups des vagues critiques et de l’écume des jours.

Mais par nature, on parle peu des personnalités qui font partie de l’entourage des décideurs et des médiateurs. Cercle d’amis, compagnons de route, voire fonctionnaires des institutions internationales qui se sont donné pour mission la tâche opiniâtre de traduire dans les faits des décisions internationales prises au plus haut niveau, d’en organiser les discussions préparatoires, de trouver les meilleurs interlocuteurs et de faire naître des actions.

Lorsque je suis arrivé au Conseil de l’Europe en 1992, j’ai fait la connaissance de Gabriella Battaini-Dragoni. Elle était attachée à la direction de l’Enseignement, de la Culture et du Sport pour faire la liaison avec l’administration centrale. Il y a un mois et demi, vingt années plus tard, elle a été nommée Secrétaire-Générale adjointe de cette institution. Le parcours est exemplaire, non seulement parce qu’il est couronné aujourd’hui d’une mission exceptionnelle, mais que les étapes de ce parcours que j’ai eu à connaître sont exemplaires.

Après le départ en 1994 de Catherine Lalumière, Secrétaire-Générale du Conseil de l’Europe qui avait su l’apprécier, elle est nommée Chef de Service à l’Unité de Recherche et de Planification de l’Institution. En 1996, elle devient Directrice des affaires Sociales et de la Santé, domaine dans lequel elle avait travaillé dans un  de ses premiers postes en 1981, puis première femme Directrice Générale en 2001 (Cohésion sociale). Mais c’est à partir de 2004, j’allais dire, par grande chance, qu’elle se voit proposé par le Secrétaire-Général Terry Davis à peine en fonction le poste de Directrice Générale de l’Education, de la Culture et du Patrimoine, de la Jeunesse et du Sport. En 2005 elle y adjoint le travail de coordinatrice pour le Dialogue Interculturel avec la lourde responsabilité de la préparation du Livre Blanc du Conseil de l’Europe sur le Dialogue Interculturel « Vivre ensemble en égale dignité » et en 2008 celle de coordinatrice pour la Campagne contre la discrimination. Je garderai, comme un moment très particulier, le dialogue tendu qu’elle a soutenu en 2007 avec Augustin Legrand, promoteur des Enfants de Don Quichotte lors de la réunion de Paris sur l’examen des Fondements de la notion de Partage citoyen dans le cadre de l’Itinéraire Saint-Martin de Tours.

Commission du Partage citoyen. De droite à gauche : Augustin Legrand, Catherine Lalumière, Albert Jacquard, Gabriella Battaini-Dragoni, Antoine Selosse.

Après une courte transition d’à peine un an comme Directrice Générale des Programmes (orientation stratégique des activités intergouvernementales du Conseil de l’Europe, supervision de leur mise en œuvre aussi bien au Siège que par les Missions de terrain, responsable de la mobilisation des ressources extrabudgétaires de l’Organisation), elle va maintenant terminer sa carrière au poste le plus prestigieux pour un fonctionnaire de cette Institution, puisque par tradition, le poste de Secrétaire Général adjoint n’est pas un poste politique, mais plutôt un poste de support administratif des décisions politiques et donc confié à un membre du Secrétariat.

Des Itinéraires interculturels

Personne ne peut ignorer l’admiration personnelle que je lui porte, ni ma gratitude à son égard. Toutes deux sont surtout fondées sur ses interventions pertinentes et engagées à des moments clefs où le programme des itinéraires culturels méritait d’être protégé de ceux qui ne lui voulaient pas que du bien ou à des moments clefs où l’Institut Européen des Itinéraires culturels devait être aidé à l’intérieur même d’une Institution qui pouvait y percevoir comme une concurrence externe, ou à tout le moins y voir un organisme hors de contrôle. Je me souviens de cette conversation téléphonique de mars 2010 où elle me promettait de faire un défi personnel du « sauvetage » des itinéraires culturels en exerçant tout son pouvoir de conviction pour que soit décidé par le Comité des ministres un Accord Partiel les concernant qui serait installé à Luxembourg et que se renforcent les liens avec la Commission européenne et le Parlement européen. Il s’agissait de donner enfin, après quinze années d’externalisation, des assises fortes à un cadre de travail dont elle avait pu apprécier, pratiquement depuis l’origine, tous les enjeux et qui risquait de disparaître, faute de budget. A peine huit mois plus tard, ce défi était relevé avec succès. Je peux donc en parler aujourd’hui sans trahir de secret.

Première réunion de remise de mentions aux Itinéraires culturels, 16 juin 2004 Strasbourg. José Maria Ballester parle des Chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Gabriella Battaini-Dragoni avec à sa droite, la Secrétaire-Générale adjointe, Maud de Boer- Buquicchio.

Je ne dirai rien, par pudeur, des moments de discussion administrative, que je prends comme des instants de pédagogie pratique qui permettent de comprendre ce qu’est une mission européenne dans une Institution qui s’appuie sur des valeurs. C’est bien entendu au moment où elle a participé à des cérémonies de remise de mention à des itinéraires culturels que son regard est devenu plus attentif à ceux qui, sur le terrain, bâtissent des solidarités et des équipes. J’ai réuni quelques images et quelques extraits de ses déclarations, parmi les plus significatives.

Extrait de déclarations :

21-22 avril 2005. Colloque « Tourisme culturel : le défi de l’intégration européenne » organisé à Luxembourg pour les responsables des ministères de la Culture et / ou du tourisme des pays de l’Union Européenne et du Conseil de l’Europe. Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union Européenne.

« A l’évidence les principes et les valeurs auxquels nous nous référons se rattachent à un arrière-plan culturel sans lequel nous ne pourrions comprendre ni les conflits hérités de l’Histoire, qu’il nous faut aujourd’hui surmonter, ni les grands moments d’ouverture et d’espoir de la construction européenne. Ainsi, un but foncier de la coopération culturelle développée auprès du Conseil de l’Europe, sous les auspices de la Convention culturelle européenne paraît bien de mettre en lumière l’apport de la culture, comprise au sens le plus large, à la construction d’une Europe pacifique et démocratique. Sur la lancée de la Déclaration ministérielle de Wroclaw ayant marqué en décembre 2004 le début de la célébration du 50ème anniversaire de cette Convention et de la Déclaration d’Opatija d’octobre 2003 sur « le dialogue interculturel et la prévention des conflits », plusieurs événements mettront l’accent d’ici à la fin de l’année 2005 sur les grands axes de notre action en matière de culture et de patrimoine. Ainsi le plan d’action issu du Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement du Conseil de l’Europe, qui se tiendra au mois de mai, pourrait se référer à l’action de notre Organisation favorisant le respect de la diversité culturelle et le dialogue interculturel dans la perspective d’une « Europe plus humaine et plus inclusive ».

13 mai 2006. Remise de la mention « Grand itinéraire culturel du Conseil de l’Europe » à la Route de l’Olivier. Delphes, Grèce.

« Si j’en crois les mythes grecs, l’olivier est aussi ce que Zeus choisit dans l’arbitrage qu’il devait rendre entre Pallas Athéna, symbole de la sagesse, mais aussi déesse de la guerre et Poséidon, dieu de la mer, pour la possession de l’Attique. D’un côté, le cheval né de l’écume des vagues et de l’autre la naissance d’un arbre dont Zeus considéra qu’il était le plus utile cadeau fait aux mortels. Du symbole de la guerre, la lance d’Athéna, naît le symbole de la paix qui est choisi pour le bonheur des hommes. Je ne saurais trop insister sur le fait que dans l’esprit des promoteurs des Routes de l’Olivier, itinéraire culturel qui nous réunit aujourd’hui dans un paysage aussi superbe, 6000 ans après la domestication de cet arbre sauvage, l’esprit de dialogue et de paix entre les pays de la Méditerranée est une recherche fondamentale. Lorsque je considère les parcours qui ont débuté en 1999 dans l’ancienne ville de Pylos où ont été découvertes les tablettes comportant l’idéogramme de l’olivier qui a été adopté pour marquer ces route contemporaines, je suis impressionné de constater combien de frontières ont été franchies sur les milliers de kilomètres parcourus. Des frontières qui se sont récemment rouvertes entre les pays des Balkans, ou des frontières conflictuelles – je pense à l’Algérie et au Maroc – que ce symbole même a aidé à franchir ou encore des lieux marqué par des gestes d’apaisement, .comme dans la plantation d’un olivier dans la ville d’Ar-Rutbah en Irak, quelques jours avant le début du conflit. »

16 juin 2006. Cérémonie de remise de la mention « Grand itinéraire culturel du Conseil de l’Europe » à l’itinéraire des sites clunisiens. Cluny, France.

« Je me permettrai de citer plusieurs auteurs qui ont participé à nos côtés, depuis l’origine de l’itinéraire de l’influence monastique, à cette réflexion sur les fondements mêmes d’un tel thème. « L’obligation première des moines est de se suffire à eux-mêmes afin de pouvoir prier sans contrainte dans un lieu adéquat. » Nous dit très simplement l’historien Jean François Pernot lors de l’Université Européenne à l’Abbaye de Luxeuil en 2003. Les bases du monachisme sont ainsi posées. A l’Est de l’Europe, Anca Vassiliu, philosophe et historienne de l’art affirmait en 1996 : « La première composante du monachisme oriental est la prière du cœur » et elle ajoutait : « La deuxième composante du monachisme oriental est la tradition de la paternité spirituelle et la troisième est la voie intellectuelle et spirituelle du mystère. Il s’agit d’un rapport au transcendant qui prend la voie d’une recherche intellectuelle, artistique et musicale, soit un rapport qui passe par la médiation de la culture. » J’ai été également frappée par la comparaison que fait François Lautier, sociologue et enseignant à l’école d’architecture de Paris-La Villette, sur la pensée de l’espace et de l’organisation, en comparant le monachisme médiéval à l’organisation des entreprises économiques aujourd’hui. Enfin, j’ajoute à toutes ces notions déjà très fortes, celle de la puissance des réseaux qu’évoquait l’un d’entre vous, Robert de Backer. « En quelques deux siècles, l’abbaye de Cluny a étendu son influence à une grande partie de l’Europe de l’Ouest. C’est le fruit d’une conjonction favorable entre les personnalités exceptionnelles des premiers abbés qui ont assuré la continuité de l’œuvre, des réseaux aristocratiques de l’Europe naissante auxquels ils appartenaient souvent, et des circonstances bénéfiques. »

Mis face à ces formules-clefs : réseau d’influence, organisation des entreprises, culture du cœur, voie intellectuelle du mystère, médiation artistique et musicale de la culture, nous sommes confrontés à des notions dont la compréhension ne requiert pas seulement une connaissance intellectuelle, mais aussi une perception sensible. Certaines d’entre-elles, par leur grande actualité sociale peuvent toucher dans leur plus profonde intimité, dans leur identité même, ceux qui visitent ces monuments aujourd’hui. Il s’agit en particulier d’une empathie avec la pratique religieuse – et pour beaucoup d’entre nous, à l’Ouest de l’Europe, avec la pratique religieuse de « l’autre ».

Ceci signifie donc que le grand enjeu d’un itinéraire culturel tel que le vôtre, dont l’objet est de vouloir créer de nouveaux horizons pour les touristes, en ouvrant au public des patrimoines religieux remarquables, mais aussi d’autres plus secrets, plus retirés du monde, ne peut passer seulement par le fait d’inscrire un thème religieux dans le cadre prestigieux du programme d’une institution européenne. Il s’agit aussi d’une mission plus complexe, plus délicate, puisqu’il vous faut entreprendre la médiation de ce qui compose les formes de la spiritualité propre à l’Europe, de mieux donner à comprendre les codes des patrimoines religieux, ou d’illustrer les raisons et les formes des continuités historiques de la pratique du pèlerinage, pour revenir enfin sur les emprunts que les religions ont pu se faire les unes aux autres. Vous restaurez, vous préservez, vous animez ces lieux du monachisme dont Michel Wolkowitsky affirmait en 1996 qu’ils témoignent d’une «… épopée demeurée inégalée dans sa durée malgré les coups assénés par les vicissitudes de l’histoire » et dont la continuité « n’a jamais été interrompue depuis l’origine de la chrétienté jusqu’à nos jours ».

Mais cette intégration dans le cadre des itinéraires culturels implique également que nous recherchions à vos côtés à mieux faire comprendre une des composantes religieuses de l’Europe et ce justement en tant que telle, en n’ayant cependant de cesse de la considérer dans le contexte d’un dialogue permanent avec les autres composantes du monachisme. Il s’agit en effet de formuler un message sur l’essence de vos patrimoines, mais aussi d’un message politique dressé contre des intolérances quotidiennes qui prennent appui sur de nouveaux intégrismes religieux, des intolérances qui ne restent pas seulement verbales, mais constituent des sources de conflits communautaires ou ethniques dramatiques. »

14 mars 2007. Commission sur le Partage citoyen (Itinéraire Saint Martin). Institut hongrois, Paris.

Le Conseil de l’Europe a inscrit à l’entrée même du Palais de l’Europe la phrase suivante : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés, s’unir pour les faire respecter est un devoir sacré ». Si la Convention Européenne des Droits de l’Homme a été ouverte à signature, très peu de temps après la création du Conseil de l’Europe, pour la Charte Sociale Européenne, qui traite elle encore plus directement – par la question des droits socio-économiques – la question du partage, il a fallu quand même une décennie. Il s’agit d’un texte contraignant et d’un système de contrôle établi par les états membres, mais qui n’a pas la valeur justiciable de celui qui régit les Droits de l’Homme, un texte qui est tout de même quasi-juridictionnel… Le deuxième moyen, par lequel l’organisation a plus récemment, au cours des dix dernières années, essayé de traiter le problème du partage, de la solidarité, de l’intégration, de l’inclusion a été à travers les instruments dont il s’est doté en matière de cohésion sociale. En fait, le deuxième Sommet des chefs d’Etats et de gouvernements de l’organisation qui s’est tenu en 1998 à Strasbourg, à l’initiative de la France, avait comme thème celui de la cohésion sociale dans un rapport étroit au concept de fracture sociale. Cette nécessité de cohésion sociale, où le partage joue un rôle clef, n’a fait que constituer un objectif de plus en plus urgent, en moins d’une dizaine d’années, urgence rappelée par la stratégie de Lisbonne, adoptée par l’Union Européenne, quelques années plus tard.

 30 décembre 2010. Supplément à l’Hebdomadaire luxembourgeois Le Jeudi

Le Conseil de l’Europe développe aujourd’hui deux types de missions. Au cœur de notre travail se placent les missions fondamentales en matière de respect des droits de l’Homme et de l’État démocratique dans les quarante-sept pays membres. Mais notre institution est également extrêmement attentive – et ceci depuis la Convention culturelle européenne, ouverte à signature dès 1954 – à l’accès démocratique à la culture, au respect des droits culturels et patrimoniaux, à la connaissance et au partage des langues y compris minoritaires – qui constituent notre tissu intellectuel commun, comme à une connaissance de l’histoire qui confronte et compare les perspectives nationales etcherche à combattre les préjugés et le racisme. La recherche d’une identité commune enrichie de toutes nos diversités est donc un pilier essentiel du Conseil de l’Europe. Le programme des itinéraires culturels, souhaité par notre Assemblée parlementaire en 1984 et ouvert en 1987 à Saint-Jacques de Compostelle a été voulu non seulement comme un moyen de découvrir la diversité du patrimoine de “l’Autre“ au cours des voyages, mais aussi comme un outil de coopération européenne large et diversifiée et un moyen concret de vivre quotidiennement une citoyenneté européenne active.

Septembre 2011. Préface à l’ouvrage : « Alla scoperta delle radici europee. I 29 Itinerari del Consiglio d’Europa. » Touring Club Italien, 2011.

« Le Livre blanc sur le dialogue interculturel qui a été publié en mai 2008 par le Conseil de l’Europe, souligne parfaitement que le développement des transports et du tourisme a amené de plus en plus de citoyens d’origines sociales et culturelles très différentes à se retrouver dans un contexte de proximité, ou pour mieux dire « face à face », ce qui a bien entendu augmenté les occasions d’un dialogue interculturel plus diversifié que celui qui a lieu dans la vie quotidienne au sein de nos cités. Ce qui signifie que grâce au développement des voyages, le pluralisme, la tolérance et l’ouverture d’esprit sont devenus des valeurs plus importantes encore que par le passé, aussi bien pour le voyageur qui souhaite mieux connaître le pays, les lieux, les patrimoines et les traditions qu’il découvre que pour celui qui le reçoit et éprouve de la fierté à valoriser son identité aux yeux de « l’autre ». Le tourisme participatif – comme on parle de démocratie participative – devrait alors être la règle.

Nous savons bien cependant que le tourisme de masse et de consommation, qui a dominé la planète pendant une quarantaine d’années, est à l’antithèse de ces valeurs. Il crée au contraire une illusion d’exotisme. Il donne à consommer l’image caricaturale d’une culture locale fondée sur la nostalgie et le folklore et met le plus souvent en place des investissements qui n’avantagent pas les entreprises locales. Dans une certaine mesure, ce constat nourrit la remarque de Nathalie Galesne, responsable du site Babelmed : « Formée d’une multitude d’Etats, de langues, de sociétés, de cultures, d’histoires (plus ou moins convergentes) qui pourraient constituer sa richesse, et faire d’elle un grand ensemble homogène dans sa diversité, l’Europe semble au contraire secouée par une profonde crise qui l’empêche de vivre l’altérité et sa relation à l’autre de manière cohérente. » Le programme du Conseil de l’Europe sur « Les villes interculturelles » dont les résultats en termes de dialogue social et culturel constituent les éléments d’un modèle pertinent, adopté aujourd’hui par d’autres continents, répond fort heureusement largement et de manière concrète à l’inquiétude ainsi exprimée.

Le Conseil de l’Europe a envisagé également le tourisme d’une façon plus globale. Un grand travail a porté sur les manières de protéger les territoires des effets néfastes du tourisme de masse, tout particulièrement en ce qui concerne l’environnement et a proposé, dans le cadre du travail du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux, une Résolution sur « la promotion du tourisme culturel en tant que facteur de développement des régions ».

Le tourisme culturel, qu’il concerne le patrimoine des centres urbains, le patrimoine paysager de l’espace rural, l’environnement et la biodiversité, les cultures locales et les productions de territoire, a su dans tous les cas rétablir lui aussi une éthique comportementale et un équilibre entre le visiteur et le visité, les mettant de nouveau sur un pied d’égalité et dans une situation de dialogue.

Le tourisme qui promeut les valeurs sociales, d’un côté, a su rencontrer dans de nombreux cas un tourisme éthique qui cherche à valoriser les produits locaux, à encourager l’architecture et l’artisanat traditionnels en permettant la poursuite de métiers qui étaient en voie de disparition. En un mot : en encourageant la durabilité et le respect mutuel. »

Réunion Parlement européen, section italienne. Réunion sur la Via Francigena. Février 2011.

Le défi d’un livre Blanc

Si de nombreuses Institutions évoquent la question du « Dialogue interculturel » et si l’Union européenne a développé un ensemble d’actions au cours d’une « Année du Dialogue interculturel » sur la base d’un rapport coordonné au sein du Parlement européen par une autre personnalité qui a joué également en permanence le rôle d’un Pont entre les pays européens, l’ancienne ministre luxembourgeoise Erna Hennicot-Schoepges, c’était au Conseil de l’Europe de créer une sorte de manuel de recommandations et de bonnes pratiques, un Livre Blanc auquel s’est adjoint un exercice en vrai grandeur dans des « cités interculturelles ». Mais il est certain que, comme c’est souvent le cas avec le Conseil de l’Europe, c’est d’abord la partie théorique, extrêmement argumentée et pleine de nuances qui constitue le corpus attendu depuis longtemps. La définition choisie se démarque de deux côtés : « Contrairement à l’assimilation, elle reconnaît que les pouvoirs publics doivent être impartiaux – au lieu de prendre pour seule norme le système de valeurs de la majorité – afin d’éviter les tensions entre communautés. Toutefois, contrairement au communautarisme, elle prône des normes communes et exclut le relativisme moral. Contrairement aux deux modèles précédents, l’approche interculturelle admet le rôle essentiel du secteur associatif de la société civile où, sous réserve d’une reconnaissance mutuelle, le dialogue interculturel peut apporter une solution à des problèmes de la vie quotidienne que les gouvernements ne peuvent résoudre seuls. »

On ne sera pas étonné, si on se reporte à l’importance du patrimoine religieux dans les itinéraires culturels, qui reflète par ailleurs une réalité de l’importance du fait religieux dans l’histoire de l’Europe, que c’est sur la dimension religieuse du dialogue interculturel que le travail a continué à se développer avec les représentants des Eglises, depuis 2008. « Le 8 avril 2008, le Conseil de l’Europe a organisé, à titre expérimental, une rencontre sur la dimension religieuse du dialogue interculturel autour du thème « L’enseignement de faits religieux et relatifs aux convictions. Un outil de connaissance des faits religieux et relatifs aux convictions au sein de l’éducation ; une contribution à l’éducation à la citoyenneté démocratique, aux droits de l’homme et au dialogue interculturel. » Les Etats membres et les Etats observateurs du Conseil de l’Europe, ainsi que les partenaires institutionnels de l’Organisation, la Commission européenne, des représentants des religions traditionnellement présentes en Europe et d’autres convictions, des représentants d’OING/ONG, des experts et des représentants des médias ont participé à cette Rencontre »… « Outre le dialogue entre les autorités publiques et les communautés religieuses, qui devrait être encouragé, le dialogue doit également se développer entre les communautés religieuses elles-mêmes (dialogue interreligieux). Le Conseil de l’Europe a fréquemment reconnu l’importance du dialogue interreligieux (qui ne relève pas directement de sa compétence) dans le cadre du dialogue interculturel et encouragé les communautés religieuses à promouvoir activement les droits de l’homme, la démocratie et la primauté du droit dans une Europe multiculturelle. Le dialogue interreligieux peut aussi contribuer à renforcer, au sein de la société, le consensus autour des solutions aux problèmes sociaux. Le Conseil de l’Europe considère en outre qu’un dialogue est nécessaire dans les communautés religieuses et les courants de pensée philosophiques (dialogue intrareligieux et interne à une conviction), notamment pour permettre aux autorités publiques de communiquer avec les représentants autorisés des religions et croyances qui souhaitent être reconnus en vertu du droit national. » L’interprétation ouverte du patrimoine des religions, comme la discussion permanente sur la légitimité du droit au patrimoine pour des lieux de cultes qui sont disputés entre nations, pays et communautés et enfin la mise en tourisme de lieux de cultes anciens ou actuels sont des questions que se posent – ou plutôt devraient se poser – les acteurs culturels et touristiques, surtout lorsque la Commission Européenne choisit le « tourisme patrimonial et religieux » comme premier modèle transversal de tourisme transfrontalier de la Destination Europe. Une telle question, surtout après le salon – réunion de Pavia « Crossroads of Europe » mérite une discussion argumentée sur différents travaux paratiques qui ont été organisés dans le cadre des itinéraires culturels, comme le « Collège de la citoyenneté européenne sur les cultures religieuses en Europe » entre 1995 et 1997.

Fête de Saint-Olav, remise de la mention à l’itinéraire, Trondheim, Norvège juillet 2010.

Gabriella Battaini-Dragoni en compagnie de la pasteure Berit Lanke.

Il faut bien entendu passer de cette théorie à la pratique, car il est certain que de nombreux conflits liés à l’affirmation du religieux ou de l’identité communautaire, voire la manipulation ou l’instrumentalisation des fondamentalismes pour trouver des boucs émissaires faciles dans les pays en crise, rend cet exercice urgent. En dehors de l’enseignement formel et non formel, les actions culturelles entreprises dans le cadre de réseaux en Europe constituent des formes de dialogue riches et diversifiés, tant par les âges des publics qu’ils atteignent que par les contextes culturels qu’ils confrontent. Le texte du Livre Blanc souligne par ailleurs : « Les musées et les sites historiques sont susceptibles de remettre en cause, au nom d’une humanité commune, les récits sélectifs qui reflètent la prédominance historique de tel ou tel groupe ethnique ou national, et d’offrir des espaces de reconnaissance mutuelle entre individus d’origines diverses. L’étude du patrimoine culturel de l’Europe peut servir de toile de fond à une citoyenneté européenne plurielle conforme aux exigences de notre époque. Les routes continentales et transfrontalières historiques d’Europe, aujourd’hui redécouvertes avec l’aide du Conseil de l’Europe dans le cadre du réseau des « itinéraires culturels », ont influencé l’histoire des relations culturelles et, pendant plusieurs siècles, favorisé les échanges interculturels. Elles donnent accès au patrimoine multiculturel de l’Europe et illustrent la capacité à vivre ensemble, en paix et dans le respect de la diversité. » On ne saurait mieux dire.

Gabriella Battaini-Dragoni rappele dans une interview à « Diasporiques« : « En 1990, la chute du mur de Berlin était récente. L’Europe centrale et orientale, ou certains de ses pays, pouvait dériver vers des formes d’autoritarisme dangereuses pour les plus faibles, pour les moins nombreux. La question des droits des minorités nationales était cruciale. »

A son arrivée le 1er septembre prochain dans son nouvau poste elle sait déjà que depuis le premier Sommet des chefs d’Etats et de gouvernements de Vienne en 1993, ce défi là est un processus continu, chaque jour remis sur le métier. La Hongrie et la Roumanie où les détenteurs du pouvoirs tentent de confisquer certaines valeurs démocratiques fondamentales, mais aussi la France où l’attitude envers les Roms reste « sous surveillance », mériteront entre autres la continuité de son regard attentif.

Gabriella Battini-Dragoni en compagnie de la Ministre de la Culture du Grand-Duché de Luxembourg, Octavie Modert. Luxembourg mars 2011.

Publications récentes

– Speaking across borders: the role of higher education in furthering intercultural dialogue, Council of Europe Higher Education series No. 16, 2010

– Intercultural dialogue and human rights, Sinergy Magazine, The European Law Students’ Association, 2, 2008

– Intercultural dialogue: a pan-European Challenge in 2008 and beyond, Europa Nostra, 1, 2008

– Intercultural Dialogue and human rights: a road-map for living together as equals in dignity, ENARGy, European Network against Racism, October 2008

– “Promoting equity through Social Cohesion: the Council of Europe’s Strategy” in: World Bank’s World Development Report (WDR), Berlin Workshop Series: Equity and Development, 2005

– “The Distinctive Role of the Council of Europe: in Migration Management: The case of the Euro Mediterranean Region” in: European Journal of Migration and Law, vol. 4, 2003, pp. 491-497.

– “La Lutte Contre l’Exclusion par une Approche Fondée sur l’Accès aux Droits Sociaux” in:  Revue Franco-québécoise Santé, Société et Solidarité, n° 3, Septembre 2003.

– “Global Standards: The European Experience”, in: Katherine Marshall (ed.) New Social Policy Agendas for Europe and Asia, Washington, The World Bank, 2002, pp. 481-491

– “Social Inclusion and Social Change : Conditions for Peace and Prosperity in the South East Region” in: The Road to Stability and Prosperity in South Eastern Europe – A regional Strategy Paper, The World Bank, Washington, 2000, pp.82-93

–  “Premiers pas vers la Cohésion Sociale” in: Revue du Ministère des Affaires Sociales, n. 94, June 1999, pp. 90-94

Video: Intervention Sessione dedicata a « Il ruolo delle donne come agenti di cambiamento economico e sociale » nell’ambito della conferenza su « Le donne agenti di cambiamento nel sud del Mediterraneo », organizzata dall’On. Deborah Bergamini, Presidente del Centro Nord-Sud del Consiglio d’Europa

Toutes les illustrations sont des photographies prises par l’auteur à l’exception de celle qui concerne le partage citoyen où l’auteur modérait les débats.